À Paris, un dessert raconte à lui seul une histoire de rois, de voyages et de gourmandise. Le baba au rhum n’est pas seulement une pâtisserie célèbre. C’est aussi une création née il y a près de 300 ans, dans une boutique encore ouverte aujourd’hui. Et cette idée simple change tout : vous ne dégustez pas seulement un dessert, vous goûtez un morceau de France.
Un dessert né d’une idée brillante
Tout commence avec Nicolas Stohrer, pâtissier né en 1706 en Alsace. Il apprend son métier dans les cuisines du roi Stanislas Leszczynski de Pologne. Un jour, le roi rapporte une brioche polonaise un peu sèche. Au lieu de la laisser de côté, Stohrer a une idée. Il la transforme.
Il l’arrose de vin de Malaga. Il ajoute du safran, de la crème pâtissière, des raisins frais et des raisins secs de Corinthe. Le roi est séduit. Il baptise cette nouvelle douceur « l’Ali-baba ». À l’époque, personne ne se doute encore que cette création va traverser les siècles.
Du vin au rhum, la touche qui change tout
Quelques années plus tard, Nicolas Stohrer suit Marie Leszcynska, la fille du roi Stanislas, qui épouse Louis XV. Il arrive à la cour de Versailles avec sa recette. Mais il ne la laisse pas telle quelle. Il remplace le vin de Malaga par du rhum, alors associé aux produits venus des Antilles.
Et là, le dessert prend une autre dimension. Plus parfumé. Plus chaleureux. Plus audacieux aussi. Le baba au rhum tel qu’on le connaît aujourd’hui est né de ce geste simple. C’est souvent comme cela que naissent les grandes recettes. Une base solide. Une idée en plus. Et soudain, tout change.
La boutique historique qui existe encore à Paris
En 1730, Nicolas Stohrer quitte la cour royale et ouvre sa propre pâtisserie au 51, rue Montorgueil, à Paris. Le quartier est alors populaire, vivant, rempli de commerces de bouche. Un lieu parfait pour une pâtisserie qui veut plaire au plus grand nombre.
La surprise, c’est que cette boutique existe toujours. Elle est même considérée comme la plus ancienne pâtisserie de Paris encore ouverte. Ses murs portent l’histoire. Ses décors signés Paul Baudry ajoutent une vraie beauté au lieu. L’adresse est classée aux monuments historiques. On n’entre pas là seulement pour acheter un dessert. On entre dans une mémoire vivante.
Pourquoi ce dessert fascine encore aujourd’hui
Le baba au rhum a ce pouvoir rare. Il semble ancien, mais il reste moderne. Il est généreux sans être compliqué. Il est moelleux, parfumé, fondant. Et surtout, il a quelque chose de festif. Une part suffit souvent à faire revenir un souvenir ou à créer une petite émotion.
Il plaît aussi parce qu’il raconte une aventure. Une brioche venue de Pologne. Un pâtissier alsacien. Une cour royale. Un quartier parisien plein de vie. Peu de desserts ont une histoire aussi riche. C’est sans doute pour cela qu’il continue de séduire, encore et encore.
Comment réussir un baba au rhum chez vous
Si vous voulez le préparer à la maison, inutile de chercher la version la plus compliquée. Le secret, c’est la régularité et le bon dosage du sirop. Voici une version simple pour 6 baba individuels.
Les ingrédients
- 200 g de farine
- 3 œufs
- 20 g de sucre
- 8 g de levure boulangère sèche
- 80 ml de lait tiède
- 60 g de beurre fondu
- 1 pincée de sel
- 500 ml d’eau
- 250 g de sucre pour le sirop
- 150 ml de rhum ambré
- 1 zeste d’orange ou de citron
La préparation
- Dans un bol, mélangez le lait tiède et la levure. Laissez reposer 10 minutes.
- Dans un saladier, versez la farine, le sucre et le sel. Ajoutez les œufs, puis le mélange lait-levure.
- Mélangez jusqu’à obtenir une pâte souple. Ajoutez le beurre fondu. Travaillez encore 5 minutes.
- Laissez lever la pâte pendant 1 heure dans un endroit tiède.
- Beurrez 6 moules à baba. Remplissez-les à moitié avec la pâte.
- Laissez lever encore 30 minutes.
- Faites cuire à 180 °C pendant 20 à 25 minutes, jusqu’à ce que les babas soient bien dorés.
- Préparez le sirop avec l’eau, le sucre et le zeste. Faites chauffer 5 minutes. Hors du feu, ajoutez le rhum.
- Plongez les babas tièdes dans le sirop jusqu’à ce qu’ils soient bien imbibés.
- Servez avec de la crème chantilly ou une crème pâtissière légère.
Un dessert ancien, mais toujours vivant
Ce qui frappe avec le baba au rhum, c’est sa capacité à rester présent dans nos vies sans faire de bruit. Il n’a pas besoin de mode. Il n’a pas besoin d’être réinventé tous les six mois. Il existe, tout simplement. Et il rappelle qu’une bonne idée peut durer très longtemps.
À Paris, la maison Stohrer continue de faire vivre cette tradition. C’est assez rare pour être souligné. Dans un monde qui change vite, voir un dessert traverser presque 300 ans a quelque chose de rassurant. Comme un fil qui ne se casse pas.
Si vous passez rue Montorgueil, prenez le temps de regarder la vitrine. Pensez à Nicolas Stohrer. À sa brioche sèche devenue un classique. Et à ce drôle de voyage qui a transformé une simple pâtisserie en légende française.







